ALAIN BUJAK
E. Dufrenoy Printer - Litograph, Montparnasse
PARIS, FRANCE
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“ I once had a very young bank advisor — not yet thirty — sharp, pleasant, perfectly at ease in the fluent waters of money. At our first meeting, he asked me what I did for a living. ‘Comic book author,’ I replied — a profession that usually sparks a bit of conversation. So our talk drifted from retirement savings plans to drawing. And then I heard him say: ‘Picasso — isn’t he that guy who only ever sold one painting in his life?’ Ignorance can be forgiven, but not cherished. So I explained that Picasso was, by all accounts, the most formidable painter of the twentieth century — that he had lived to a ripe old age, adored and fabulously wealthy. ‘He sold so many paintings, and for such fortunes,’ I told him, ‘that had you been his banker, you’d have been swimming daily in Uncle Scrooge’s pool of dollars.’ After that, we went back to discussing retirement plans — and it was my turn to be the ignorant one. Of course, we know that the generation following ours doesn’t necessarily share our cultural toolkit; they know other things, things we don’t, and that’s how the wheel turns. Still, hearing Picasso spoken of as some fellow who vaguely dabbled in painting and never sold a canvas — that nearly knocked me off my chair. ll this to say: memory is fragile. And yet, it is vital. Memory cannot be nourished by speeches or textbooks alone. It needs to be seen, touched, tasted, breathed, handled. For real. For that, we must walk through what the past has left us: places. If those places are museums, that’s already something — a memory curated, organized, and illuminated for us by scholars. Thank you, scholars. But if those places — through acrobatic, tenacious, courageous, and inspired handovers — manage to keep an activity alive, to sustain an atmosphere, to endure against the tide, then there we see past and present fused together. That’s how we forge a tangible, deeply instructive memory. Memory ceases to be a limp organ, like some swollen useless thing we drag behind our necks — it becomes our beating heart, the muscle that feeds our every act. Working at IDEM — the few times I have the chance — is always a form of renewal, a regenerating apprenticeship.Thanks above all to Patrice Forest and the teams I’ve seen pass through those doors over twenty-five years of coming here. 49–51 rue du Montparnasse — the street of crêperies and lithographs — an address where people have every reason to do what they do, exactly the way they do it. The beautiful still lifes of my friend Bujak are more alive than still, because the objects live — and the house lives too.”
Foreword by Emmanuel Guibert
“ J’ai eu un très jeune conseiller bancaire, pas trente ans, très affûté, agréable, s’exprimant bien et comme un poisson dans l’eau avec le fric. À notre premier rendez-vous, il m’a demandé ma profession. « Auteur de bande dessinée », ça fait causer, généralement. La conversation a donc dévié des plans d’épargne retraite vers le dessin. Et là, je l’ai entendu me dire: « Picasso, ce n’est pas ce type qui n’a vendu qu’un seul tableau, dans sa vie? » Il est permis d’être ignorant, pas de le rester. Je lui ai donc expliqué que Picasso était réputé être le peintre le plus fortiche du XXe siècle et qu’il était mort très vieux, adulé et plein aux as. - Il a tellement vendu de toiles, et si cher, que si vous aviez été son conseiller bancaire, vous auriez nagé tous les jours dans la piscine de dollars de l’Oncle Picsou. Ensuite, on s’est remis à causer de PER, où c’était mon tour d’être ignorant. Bon on sait bien que la génération qui nous suit n’a pas forcément le bagage culturel qui est le nôtre, qu’elle sait d’autres choses que l’on ignore, que la roue tourne, mais tout de même, entendre évoquer Picasso comme un gus qui a vaguement fait de la peinture et n’en a pas vendu, ça m’a presque éjecté de ma chaise. Tout ça pour dire que la mémoire, c’est fragile. Or, c’est vital. La mémoire ne peut être alimentée seulement par des discours ou des manuels éducatifs. Il faut voir, toucher, goûter, respirer, manier. En vrai. Pour ça, il faut arpenter ce que le passé nous laisse: des lieux. Si ces lieux sont des musées, c’est déjà très bien. C’est une mémoire que des savants ont eu l’obligeance de sélectionner, d’organiser, de commenter pour nous. Merci les savants. Mais si ces lieux, moyennant d’acrobatiques, tenaces, courageux et inspirés passages de témoin, perpétuent une activité, une atmosphère, les maintiennent contre vents et marées, alors là, on voit le passé et le présent d’un seul tenant, et on se fabrique une mémoire concrète et super-pédagogique. La mémoire n’est plus un organe flasque, comme une gros oedème inutile qu’on trimballerait derrière la nuque, elle devient tout bonnement notre muscle cardiaque, qui irrigue nos actes. Travailler chez IDEM, le trop peu de fois où ça m’arrive, c’est toujours un apprentissage régénérant. Grâce avant tout à Patrice Forest et aux équipes que j’ai vu se succéder depuis vingt-cinq ans de fréquentation de cet endroit. 49-51 rue du Montparnasse, la rue des crêperies et de la litho, une adresse où les gens ont raison de faire ce qu’ils font comme ils le font. Les belles natures mortes de l’ami Bujak sont plus vives que mortes, parce que les objets vivent et la maison vit. ”
Avant-propos par Emmanuel Guibert